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Communiqué de presse

Jacques Chirac à Bruyères-le-Chatel : une visite très controversée !

samedi 28 novembre 2009, par Observatoire des armements

À l’occasion de la visite de Jacques Chirac au Centre de la Direction des applications militaires du CEA, l’Observatoire des armes nucléaires/CDRPC interpelle une nouvelle fois les dirigeants politiques sur les véritables coûts de la dissuasion nucléaire et ses conséquences à la fois en terme de privation de moyens pour des secteurs qualifiés d’intérêts vitaux (préservation de la paix, protection de l’environnement, etc.) et aussi de respect des différents traités qui engagent notre pays vers un désarmement nucléaire général et complet.
C’est dans cette optique, que nous organisons une soirée-débat sur la question de « Quel budget pour l’armée ? » le 12 octobre 2006 à Lyon avec la présence d’un député et de nos chercheurs.

Jacques Chirac tient son rôle favori de VRP de la dissuasion nucléaire en visitant, ce jeudi 7 septembre, le centre de simulation des essais nucléaires français de Bruyères-Le-Châtel. Il a vanté les mérites des chercheurs, indiqué le haut degré technologique dont dispose la France avec ce super-ordinateur, le Tera 10, les multiples retombées pour l’industrie civile et pour l’économie…. Mais les raisons sont bien sûr à chercher ailleurs : un président de la République ne se déplace pas uniquement pour inaugurer un ordinateur ! Au travers de cette visite, Jacques Chirac veut démontrer quoi ?

Réaffirmer la doctrine nucléaire ? Lors de sa visite à l’île Longue le 19 janvier 2006, il a lancé la France dans la voie de l’abaissement du seuil nucléaire, voie dangereuse qui ne peut que renforcer la volonté nucléaire d’un certain nombre de prétendants (Iran, Corée du Nord…). Désormais quelque soit l’ennemi — État ou groupe terroriste —, celui-ci peut s’attendre à une riposte nucléaire. Cette option est déraisonnable et dangereuse car l’arme nucléaire est inopérante dans la guerre contre le terrorisme.

Sauver les crédits de la défense ? Pour 2006, 3,612 milliards d’euros auront été consacrés par la France à la dissuasion nucléaire, et près de 5 milliards d’euros sont actuellement alloués au programme de simulation. Ce budget de « stricte suffisance », selon l’Élysée, ne doit pas être abaissé au risque de perdre toute crédibilité. Mais :

* Militaires et industriels convoitent cette manne au bénéfice des armements classiques qui font toujours défaut, selon eux.
* Les députés seront soumis dans les prochaines semaines au vote du budget 2007. Certains pourraient bien demander — avec juste raison — à ce que l’on rogne sur les crédits de la dissuasion nucléaire. Après tout cela a déjà commencé en ce milieu d’année par la diminution du nombre de commande des futurs Rafale nucléaires (F3) passant de 59 appareils à 52, repoussant les commandes du sous-marin nucléaire d’attaque Barracuda tout comme celle du second porte-avions…
* Le futur Président devra rapidement trancher entre différents programmes d’investissements dans le cadre de la préparation de la prochaine loi de programmation militaire (2008-2013).

Or, il faudra bien justifier ces dépenses dans un contexte, ou, comme l’a rappelé Jacques Chirac, la France ne fait face à aucun adversaire, mais rencontre d’importantes difficultés sociales !

Simuler les essais et renforcer la prolifération ? Cette visite ne manquera pas de rappeler l’effort important de notre pays dans le sens du désarmement avec la ratification du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires et le démantèlement des sites d’essais nucléaires dans le Pacifique. Notre effort est simplement « abracadabrantesque ».

* Au moment où nous acceptons de ne plus mener d’essais nucléaires en grandeur nature, notre pays s’est engagé depuis 1994 dans la voie de la simulation. Avec un coût minimum de 5 milliards d’euros, celui-ci se compose de plusieurs éléments : le Laser mégajoule (LMJ), la machine d’irradiation Airix, les super-calculateurs (Tera-10). Le but est de pouvoir modéliser le fonctionnement complet d’une arme nucléaire de manière a assurer la production, la garantie du bon fonctionnement des prochaines générations d’armes sans recourir a des essais nucléaires !
* Les résultats promis par l’ensemble du programme de simulation sont totalement incertains, notamment autour du Laser mégajoule dont les débouchés sont peu nombreux et surdéterminés.

Une fois de plus cette politique (menée de consort avec les Britanniques et les Américains du Nord) encourage l’ensemble des puissances nucléaires à améliorer leurs arsenaux ainsi que les puissances en devenir (Iran, Corée du nord, Arabie saoudite…) à se doter d’équipements balistiques et nucléaires. La boucle est bouclée !