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Communiqué de presse

Les anciens travailleurs polynésiens des sites nucléaires de Moruroa et Fangataufa créent une association

dimanche 17 janvier 2010, par Moruroa e tatou

À l’occasion du 35ème anniversaire du premier essai nucléaire français à Moruroa (2 juillet 1966), les anciens travailleurs polynésiens des sites d’essais nucléaires ont décidé de créer en Polynésie française une association qui portera le nom « Moruroa e tatou » (Moruroa et nous).

L’objectif de cette association est de défendre leurs droits et ceux de leurs familles notamment pour ceux qui ont subi ou subissent encore aujourd’hui des conséquences sur leur santé. En effet, l’enquête sociologique réalisée en 1996, à l’initiative des ONG Hiti Tau et de l’Église évangélique de Polynésie française, auprès des anciens travailleurs des sites nucléaires de Moruroa et Fangataufa a révélé que nombre d’entre eux souffraient de diverses pathologiques, dont des cancers et que d’autres étaient décédés dans la force de l’âge.

Le « Comité de suivi Moruroa e tatou » qui est à l’initiative de la création de cette nouvelle association avait invité pour cette occasion Sue Rabbitt Roff, chercheuse à l’Université de Dundee (Écosse) et spécialiste des questions médicales touchant les vétérans des essais nucléaires britanniques dans le Pacifique. Il avait également invité Bruno Barrillot, directeur du Centre de Documentation et de Recherche sur la Paix et les Conflits (Lyon), spécialiste des questions nucléaires militaires et auteur, notamment, d’un livre intitulé Les essais nucléaires français (1960 – 1996). Conséquences sur la santé et l’environnement.

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Papeete : 4 juillet 2001
De gauche à droite : Joël Horiore et Mrs Sue Rabbitt Roff, Pasteur Jacques Ihorai, Roland Oldham, Tetua Doom.

L’assemblée constitutive de l’association « Moruroa e tatou » s’est déroulée le 4 juillet dans la salle de conférence de l’Église évangélique de Polynésie française à Papeete et a rassemblé près de 150 anciens travailleurs des sites nucléaires. Sue Rabbitt Roff a déclaré : « D’après mon expérience et les études que j’ai réalisées sur les conséquences des essais nucléaires sur les vétérans britanniques, australiens, néo-zélandais et fidjiens, je ne crois pas que la nationalité française des Polynésiens leur ait permis d’échapper aux radiations émises par toutes les expériences nucléaires, y compris celles de la France. » Plutôt que des études épidémiologiques qui nécessitent des statistiques médicales fiables et qui exigent d’importants délais de réalisation, Sue Roff préconise la méthode des tests radio-biologiques. Ces tests qui sont issus de toutes récentes technologies médicales sont réalisés à partir d’échantillons de sang et de salive. Ils permettent, en 24 heures, de diagnostiquer d’éventuelles lésions de l’ADN du patient causées par une irradiation nucléaire.

Bruno Barrillot a présenté la création récente, en France, de l’association des vétérans des essais nucléaires français et de l’association « 13 février 1960 » fondée il y a quelques mois à Reggane (Algérie) sur les lieux des premières explosions atomiques réalisées par la France au Sahara. Ces associations entendent faire reconnaître les droits de tous ceux, militaires et civils, de France, d’Algérie et de Polynésie, qui ont eu ou ont encore à subir des conséquences sur leur santé. Bruno Barrillot a annoncé que, le 19 janvier 2002, à l’invitation de Madame Marie-Claude Beaudeau, sénatrice, une conférence où sont invités des vétérans des essais français, des Polynésiens et des Algériens, se tiendra dans les locaux du Sénat à Paris. Cette conférence aura pour objectif de demander à la France d’assumer ses responsabilités vis-à-vis des victimes de ses expériences nucléaires.

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Assemblée constitutive
Une partie des 175 personnes, anciens travailleurs ou veuves, présentes lors de l’assemblée constitutive du 4 juillet 2001

Au terme de longues discussions et après plusieurs témoignages d’anciens travailleurs et d’épouses de travailleurs décédés, John Taroanui Doom, animateur de l’assemblée, a déclaré : « Je crois qu’aujourd’hui, une partie du peuple de Polynésie s’est levée pour faire connaître sa souffrance et demander la reconnaissance de ses droits. » Un conseil d’administration a été désigné en fin de réunion et désignera dans les prochains jours son président.