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Ces guerres qui nous attendent – Red Team

Université Paris sciences et lettres / Éditions des Équateurs – 2022, 224 p., 18 euros

mardi 19 avril 2022, par Jean-Michel Lacroûte

Deux mystères s’offrent à moi. Dans un premier temps, qu’est-ce que la « Red Team » ? Dans un deuxième temps, comment parler de ce drôle de livre ?

La Red Team

J’ai recours lâchement à la quatrième de couverture. «  […] un commando a mené une opération pionnière particulièrement haletante. Pour la première fois, le ministère français des Armées et l’Université Paris Sciences et Lettres ont lancé un projet de prospection novateur. Analystes et chercheurs ont partagé librement leurs réflexions avec des auteurs de romans noirs, de science-fiction et des dessinateurs pour imaginer les conflits possibles à l’horizon 2030 – 2060. […] Ce livre, né d’une méthode particulièrement révolutionnaire, est un polar d’anticipation géopolitique particulièrement informé dans lequel il n’est pas interdit de lire notre avenir proche. »

Les auteurs, alias le commando (l’œil attentif de l’Observatoire des armements a noté bien évidemment le mot employé !) : Jeanne Bregeon, capitaine Numericus, colonel Hermès, DOA, Xavier Dorison, Laurent Genefort, Romain Lucazeau, Xavier Mauméjean, François Schuiten, Virginie Tournay.

Ces guerres qui nous attendent

Après une présentation qui reprend, de manière plus précise, ce que j’ai écrit ci-dessus, le livre se présente sous la forme de quatre scénarios :

  • Les pirates de la P-Nation attaquent Kourou
  • Barbaresques 3.0
  • Chronique d’une mort culturelle annoncée
  • La Sublime Porte s’ouvre à nouveau

En quelques mots :

Scénario 1 – Projet d’installation d’un câble de 40 000 km de long, depuis la base de Kourou jusqu’à une station spatiale, pour mettre en place un ascenseur spatial guyanais (ASG) afin d’éviter les inconvénients écologiques des décollages terrestres fréquents, pour développer industrie et tourisme spatial. Le projet doit être opérationnel en 2060 avec l’installation d’un « spatioport ». Les États sont de plus en plus court-circuités par des pirates qui s’opposent au puçage (implantation de puces dans la peau) généralisé des populations. Ces pirates s’installent souvent en pleine mer, où ils peuvent résider loin des autorités étatiques. Il s’ensuit diverses batailles, dont une attaque importante de la base de Kourou.

Scénario 2 – Dans un premier temps, une analyse géostratégique s’intéresse à l’équilibre mondial. Sans surprise, la restructuration s’effectue autour de l’axe Chine – Russie, avec une importance accrue de la Turquie. Le lecteur peut noter l’absence de référence à toute crise ukrainienne. L’enjeu principal est la prédominance maritime en méditerranée orientale. Le Califat du levant émerge. Là aussi, l’équilibre international est contesté par des pirates.

Scénario 3 – De nouveaux pays, une nouvelle géographie mondiale s’installe (Grandislande, Grande Mongolie, NFB – Nouvelle Fédération des Balkans). La nouvelle route de la soie est numérique. La contestation s’installe dans les REZ (réseaux de service), prémisses des sphères de réalités alternatives, qui n’hésitent pas à remettre en cause les États. L’armée doit répondre à la faillite de quelques États sur fond d’épidémies. C’est le seul scénario qui présente une fin : « 2050 voit le retour en grande pompe des institutions régaliennes dans une Grande-City en partie dévastée et reconstruite, et le remplacement du gouvernement de Dife pro-grand-mongol par un nouveau gouvernement indépendant » (p. 167).

Scénario 4 – Cette fois-ci, nous sommes du côté de la Grèce. Une nouvelle fois la méditerranée orientale, donc. L’objet me semble là plutôt un inventaire de nouvelles armes, comme le missile hypervéloce, de nouvelles stratégies, et sur la pertinence d’une « hyper forteresse ». Là encore, le milieu maritime est fondamental. Ainsi que l’air (les « essaims de drones » se multiplient) et l’espace (« 2045 – 2055, première guerre spatiale pour le contrôle orbital »). Sur la fin, il semble presque que la gente militaire se rassure : « Si l’informatique permet une réponse rapide, l’humain, tel le pilote de chasse, reste au cœur des décisions, épaulé par l’ensemble de l’arsenal du cloud multi niveaux  » (p. 216). Apparition de l’humain. Bravo ! Mais…

Troisième mystère : et la paix, dans tout ça ?

Cet exercice pas trop littéraire à mon sens, m’a fait penser à certaines séries qui sévissent à la télé : les auteurs veulent mettre dans les scénarios tellement de choses que ça déborde de partout, et le téléspectateur se perd presque à l’insu de son plein gré. Trop de pistes, trop d’hypothèses géopolitiques ne permettent pas réellement au lecteur d’imaginer « ces guerres qui nous attendent ». Elles se limitent aussi un peu trop, culturellement, au monde géographique occidental Ces textes montrent que le ministère des Armées se préoccupe de penser l’avenir dans diverses directions. Cet avenir se conjugue, pour lui, avec de nouvelles armes, avec de nouvelles technologies informatiques, de nouveaux soldats, des nouvelles organisations pour contrer tous les méchants pirates qui assaillent le monde démocratique occidental. Des nouvelles batailles, des trahisons, des nouvelles guerres nous attendent…

Il est vrai que le ministère de la Paix n’existe pas, et que le ministère des Armées ne sera jamais celui de la paix. Les militaires préparent les guerres qui nous attendent.

La paix n’a rien à attendre de ces démarches. Une « peace team » reste à mettre en place, afin d’écrire les paix qui nous attendent…


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