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Les 6 et 9 août à Hiroshima et Nagasaki

La France hypocrite

vendredi 6 août 2010, par Observatoire des armements

Pour la première fois, la France participe officiellement aux cérémonies de la paix organisées à Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août 2010. Soixante-cinq ans après les bombardements qui ont fait, en 1945 et jusqu’à aujourd’hui, plusieurs centaines de milliers de victimes, la France vient-elle annoncer, comme le demande depuis 1999 le maire d’Hiroshima M. Tadatoshi Akiba, qu’elle s’engage à renoncer à son armement nucléaire d’ici 2020 ?

Voilà la bonne nouvelle que nous pourrions attendre ! Hélas, loin d’écouter le maire d’Hiroshima et son jeune collègue Tomihisa Taue maire de Nagasaki, la France fait partie des Etats nucléaires les plus réticents à s’engager vers l’abolition des armes nucléaires. Prétextant indûment « une politique exemplaire de désarmement nucléaire », la France vient en effet de moderniser ses armes nucléaires aéroportées en 2009 et de qualifier, le 10 juillet 2010, le nouveau missile M51 de ses sous-marins nucléaires ayant la capacité du million de morts instantanés. De plus, alors que les 6 et 9 août, la France, officiellement, s’inclinera en mémoire des victimes japonaises, à Bordeaux un mois plus tard, le 8 septembre 2010, elle poursuivra devant les tribunaux les militants qui ont eu l’audace de s’opposer à sa boulimie nucléaire en pénétrant sur un terrain militaire.

La France viendrait-elle alors à Hiroshima et Nagasaki pour obtenir quelques félicitations pour sa loi d’indemnisation des victimes de ses essais nucléaires ? Qu’elle s’en garde bien ! Nos amis des associations d’hibakusha – les survivants des bombardements - ont suivi depuis longtemps le combat des victimes des essais français. Le 5 août 2002, confirmant leur engagement en invitant au Japon les représentants des associations de France, de Polynésie et d’Algérie, les hibakusha entamaient un « parrainage » des victimes des essais nucléaires français qui ne s’est jamais démenti jusqu’à aujourd’hui. Après des années de luttes, les survivants d’Hiroshima et de Nagasaki ont obtenu, le 22 juin 2009, une des meilleures législations d’indemnisation au monde. S’appuyant sur les études scientifiques les plus récentes, la loi japonaise prend en compte tous les cas de cancer et même des maladies non cancéreuses telles que l’infarctus du myocarde pour l’indemnisation des hibakusha. Voilà un modèle bien éloigné de la loi Morin qui, non seulement limite à 18 sa liste des maladies mais réduit à la portion congrue les zones « affectées » par les conséquences de ses essais nucléaires.

Le 18 octobre 2007, M. Tadatoshi Akiba, maire d’Hiroshima et président de l’association mondiale des « Maires pour la paix » était parmi les lauréats du « Nuclear Free Future Award » qui soulignait ainsi son engagement aux côtés des citoyens du monde entier contre la folie nucléaire. Il ne manquera pas de rappeler au représentant de la France que, ce 30 septembre 2010, à New York, au nom d’une « autre France » engagée pour un futur sans nucléaire, Bruno Barrillot, co-fondateur de l’Observatoire des armements, se retrouvera aussi parmi les cinq lauréats 2010 du « Nuclear Free Future Award » pour un combat de 25 ans avec les victimes des essais nucléaires français. Gageons que la France « officielle » s’ouvrira, au cours des émouvantes cérémonies des 6 et 9 août, à l’exigence mondiale pour la signature d’une convention d’élimination des armes nucléaires. Souhaitons aussi que ces jours-là sur l’esplanade des Invalides, à Paris même, son représentant visitera ceux et celles qui jeûneront à la mémoire des victimes d’Hiroshima et de Nagasaki et pour un « futur libéré du nucléaire » en France et dans le monde entier.